Raquettes ou ski de fond : que choisir pour un premier hiver ?

Raquettes ou ski de fond : que choisir pour un premier hiver ?

Chaque hiver, au comptoir des loueurs de matériel des stations nordiques, la même hésitation revient : un groupe d’amis habitués au ski alpin veut « essayer autre chose » et ne sait pas s’il faut prendre des raquettes ou des skis de fond. Les deux se pratiquent sur la neige, en forêt ou sur des plateaux, sans remontées mécaniques. Pour le reste, l’effort, l’apprentissage et la liberté de mouvement n’ont presque rien en commun.

Les raquettes, ou la randonnée avec de la neige en plus

La raquette s’apprend en dix minutes. On marche en écartant un peu les pieds, on comprend vite comment mordre la pente avec les crampons et quand relever la cale de montée sous le talon. C’est l’activité la plus facile à partager entre générations ou entre marcheurs de niveaux différents, et la location du matériel reste modeste. Des bâtons réglables, raccourcis en montée et allongés en descente, rendent la marche bien plus confortable dans la neige profonde.

Sa limite tient au terrain. En raquettes, on peut aller presque partout, et c’est justement le piège : hors des itinéraires balisés, une pente enneigée peut être exposée au risque d’avalanche, y compris en moyenne montagne. Il faut alors un détecteur de victimes d’avalanche, une pelle, une sonde, et surtout savoir s’en servir. Pour une première fois, les circuits balisés des domaines nordiques ou une sortie avec un accompagnateur en montagne règlent la question.

Le ski de fond, plus ingrat au début, plus grisant ensuite

Le ski de fond se pratique surtout sur des pistes damées, selon deux techniques. En classique, les skis glissent dans deux traces parallèles, avec un mouvement proche d’une marche allongée : c’est la porte d’entrée la plus naturelle. En skating, on avance en pas de patineur sur une piste large et lisse ; la sensation de vitesse arrive vite, l’essoufflement aussi, et les premières heures sont souvent rudes.

Les premières descentes réservent quelques surprises : un ski de fond, étroit et léger, ne se conduit pas comme un ski alpin. Une ou deux heures de cours avec un moniteur font gagner des journées de tâtonnement, en particulier pour apprendre à freiner en chasse-neige et à relancer en montée. Il faut aussi compter, en France, la redevance d’accès aux pistes de ski nordique, vendue à la journée ou pour la saison.

Côté tenue, l’erreur classique consiste à s’habiller comme pour le ski alpin. On a vite trop chaud en ski de fond, et même en raquettes dès que la pente s’accentue : plusieurs couches fines, un coupe-vent et un petit sac pour ranger ce qu’on enlève valent mieux qu’une grosse doudoune qu’on finit par porter à la main.

Neige, groupe, budget : ce qui doit faire pencher la balance

Trois critères suffisent généralement à trancher.

  • L’état de la neige. Les raquettes s’accommodent d’une neige fraîche et profonde ; le ski de fond a besoin de pistes damées et souffre davantage d’un enneigement mince ou d’un redoux.
  • La composition du groupe. Avec de jeunes enfants, des grands-parents ou des niveaux très inégaux, la raquette garde tout le monde ensemble ; le ski de fond étire vite le groupe, surtout en skating.
  • Le budget et le temps. Location, redevance et cours rendent la première journée de ski de fond plus chère qu’une sortie en raquettes, mais une fois la technique acquise, on couvre bien plus de terrain à skis.

Jura ou Alpes du Sud, deux terrains de jeu différents

Le choix du massif compte autant que celui de l’activité. Dans les Alpes du Sud, du Queyras à la vallée de la Clarée, les domaines nordiques sont souvent situés plus haut et profitent d’un ensoleillement généreux, mais les itinéraires de raquettes rejoignent vite des pentes raides où la question des avalanches se pose sérieusement. Le massif du Jura est une moyenne montagne de plateaux et de forêts d’épicéas où le ski nordique fait partie de la culture locale : la Transjurassienne, course de ski de fond dont le parcours historique relie Lamoura, dans le Jura, à Mouthe, dans le Doubs, et la Grande Traversée du Jura en sont les emblèmes. Des villages comme Chapelle-des-Bois, dans le Doubs, vivent de longue date au rythme des pistes nordiques. Les reliefs y sont plus doux, mais l’enneigement, à des altitudes plus modestes, varie beaucoup d’un hiver à l’autre. Avant de réserver, regardez le nombre de kilomètres de pistes réellement tracées dans le bulletin d’ouverture du domaine : c’est un meilleur indicateur que la hauteur de neige annoncée.

Pour préparer un séjour côté Jura ou Vosges du Sud, ce magazine régional consacré à la Franche-Comté rassemble des fiches de lieux, du château de Joux au Ballon d’Alsace, avec pour chacune la commune et parfois le temps de trajet : de quoi prévoir une demi-journée de visite si la neige fait défaut.

Si le groupe hésite encore, réservez un cours de ski de fond classique le premier matin, quand les jambes sont fraîches, et gardez les raquettes pour l’après-midi ou le lendemain. Une journée de chaque suffit généralement à savoir qui reviendra pour quoi.